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mairiebinic@yahoo.fr
Les médias ont beaucoup relayé les informations sur les algues suite aux événements de cet été. Il nous semble important de prendre un peu de recul pour analyser le problème en ce qui concerne le cas particulier de Binic.
Oui, les causes des marées vertes sont bien connues, la masse d'eau devant la commune présente toutes les conditions favorables à la prolifération des algues :
- eau peu profonde,
- confinement hydrodynamique (même si les mouvements d'eau lors des marées sont importants, il y a une faible dérive résiduelle : la même eau qui part à marée descendante revient à marée montante),
- des nutriments : azote et phosphore en abondance.
Oui on sait depuis quelques années que l'azote est l'élément limitant des marées vertes (c'est le seul paramètre sur lequel on peut agir pour limiter durablement - à la source - les marées vertes). Cette présence d'azote, principalement présent sous la forme de nitrates est la résultante du modèle agricole présent sur une partie du territoire breton et notamment sur le bassin versant de l'Ic[1].
Le problème n'est pas nouveau, et c'est la raison pour laquelle les élus se battent solidairement depuis déjà
longtemps. Le programme Goel'Eaux initié en 1996 par le Syndicat Mixte de la Côte du Goëlo et repris actuellement par le Syndicat Mixte Environnement du Goëlo et de l'Argoat (SMEGA) avait
précisément pour objet de mobiliser sur ce sujet. Un remarquable travail a été fait dans la concertation, avec les agriculteurs et les associations de protection de l'environnement. Aujourd'hui,
la commission géographie de l'IC, animé par la SMEGA poursuit ce travail difficile mais nécessaire.
Les résultats sont au rendez-vous puisque les taux de nitrates de l'IC se sont stabilisés dès le début des
années 2000 et qu'ils baissent depuis. Malheureusement, on ne revient pas sur 50 ans de dégradation de la qualité de l'eau en quelques années[1].
Aussi, même s'ils sont notables, les résultats ne sont pas encore visibles sur nos plages. Il faut par ailleurs se méfier des effets d'annonce : pour prendre une métaphore sportive, même si la
lutte contre les algues vertes change de braquet, ce dont nous nous félicitons, il ne faut pas espérer de miracle à court terme. Cela ne doit pas nous décourager, au contraire : il faut amplifier
les efforts, travailler avec (et non contre) les agriculteurs et surtout travailler dans la durée avec des objectifs mesurables, ambitieux mais réalistes.
Quoiqu’on en dise, personne ne pourra « nettoyer » les nappes d’eaux souterraines en un coup de baguette magique. Le sous sol contient beaucoup de nitrates : même s'il y en a moins à y entrer, il en sort toujours beaucoup. La seule certitude est que le « stock » de nitrate diminue. L’action que développe aujourd’hui le SMEGA porte sur la réhabilitation ou l’optimisation de zones tampons dégradées afin de donner au milieu naturel les fonctions épuratrices qu’il a perdu à cause des réaménagements des parcelles culturales, mais aussi des aménagements urbains et routiers.
Les actions "agricoles" portant sur l’ajustement des apports d’engrais se poursuivent, et la grande majorité
des exploitants est consciente des enjeux.
Depuis longtemps la toxicité potentielle des algues en décomposition était suspectée. Depuis les accidents médiatisés de l'été dernier et de cet été[1], elle est maintenant officiellement reconnue et mieux expliquée : les algues en décomposition peuvent produire un gaz très toxique : l'hydrogène sulfuré. Cette toxicité a très bien été expliqué par la professeur LESNE du CNRS lors de la conférence à l'Estran le 23/09.
Etant donné qu'il y aura malheureusement encore longtemps des algues sur nos plages et que l'on connait les dangers qu'elles représentent lorsqu'elles se décomposent, la question du ramassage se pose avec encore plus de pertinence. Cet été, ce sont environ 1000 T d'algues qui ont été ramassé par les services municipaux sur les plages de la Banche et de l'Avant Port.
La municipalité a commandé avant l'été une étude au Centre de Valorisation des Algues (CEVA) pour nous aider à établir une stratégie de ramassage et permettre de mieux évaluer, dans notre cas particulier, si on pouvait tenter des ramassages plus massifs et/ou plus précoce pour limiter les nuisances.
Avec l'actualité et l'arrivée tonitruante de l'Etat sur le devant de la scène sur cette problématique, cette étude va prendre un relief tout particulier.
A ce titre, nous soulignerons qu’en 1998, lorsque les collectivités locales bretonnes aidées de la Région, du Département et de l’Agence de l’Eau ont décidé de s’investir dans la compréhension et la résolution des marées vertes, l’Etat a refusé de s’y associer, n’y voyant pas un intérêt suffisant. Son implication en 2009, si elle est la bienvenue, est toute fois bien tardive. Espérons qu’elle s'inscrive dans la durée.
Le résultat de l’étude du CEVA pour le site de Binic est attendu pour fin octobre… Bien entendu, l'étude sera rendue publique après avoir été présentée au Conseil Municipal et discuté en commission développement durable. Il faut se garder pour l'instant de toute idée préconçue et ne pas se laisser tenter par des effets d'annonces !
[1] Sur ce bassin versant (9 200 ha - les sources de l'Ic se trouvent Plélo), on trouve 140 exploitations agricoles. La production se répartit entre l’élevage bovin (40%), porcin et volaille hors sol (27%), mixte (30%) et sans production animale pour 3%. La pression des élevages, liée au nombre important d’exploitations ayant subsisté, est importante et c'est la raison pour laquelle toute la zone a été classée en Zone d'Excédent Structurel dès 1996, date du 1er programme de résorption des excédents d’azote d’origine animale).
[2] Le pic historique a été enregistré en 1998 à 100 mg/L. Actuellement on est en moyenne à 58 mg/L. La norme "eau potable" est à 50 mg/L et il faudra descendre à des concentrations inférieures pour avoir un effet notable sur les algues vertes.
[3]
2 chiens mort à Hillion en 2008, 1 cheval mort et un cavalier intoxiqué cette année à Plestin les grèves et le décès suspect d'un chauffeur à Binic.